top of page

Victoria Hove "Je me suis beaucoup renseignée sur les sciences occultes, celles qui avaient toujours un lien avec le malin"

Photo du rédacteur: Noire Lemag
Noire Lemag
21 sept.
7 min de lecture


NOIRE: Bonsoir Victoria, peux-tu te présenter à mes lecteurs ?


VICTORIA HOVE: Je suis Victoria, passionnée de bizarreries en tous genres depuis que je suis capable de les reconnaître. Autodidacte dans les domaines qui me touchent : musique, arts créatifs, écriture, parfois même un peu d’entomologie. Je me suis longtemps enfermée dans mon rôle de chanteuse et parolière dans le metal, mais je tente aujourd’hui d’explorer d’autres facettes de mes zones d’ombre.


NOIRE : Tu as chanté dans le groupe de metal symphonique Etwas pendant 10 ans. Ta voix est d'ailleurs impressionnante ! Que retiens-tu de cette expérience ? Qu'est-ce tu aimes dans le chant ? Penses-tu monter sur scène à nouveau un jour ?


VICTORIA HOVE: Merci beaucoup. Etwas, c’est un groupe qui m’a vu évoluer. Je suis passée de jeune adulte qui rêve d’avoir son groupe de musique à une femme qui a réussi à le concrétiser en affirmant sa personnalité. Tout dans les paroles et dans les lignes, les harmonies, étaient le reflet de mes émotions. Certains titres traitent du deuil, de la tristesse, du désespoir ; d’autres sont plus teintés de colère ou d’incompréhension. Mais toujours sous le prisme d’un occultisme – voire d’un satanisme – très présent. Ca a été une expérience qui a façonné ma vie pendant dix ans : j’avais ma vie de travail en journée et j’avais celle d’Etwas le soir et les weekends. Même sans concerts, je travaillais sur les albums, l’univers, le merchandising, les contacts, les interviews…


Le chant dans Etwas m’a permis de prendre confiance en moi, de voir que j’étais capable de beaucoup. Que j’étais capable de monter sur scène, de chanter devant un public sans en rougir et de voir que l’énergie que j’avais mis dans ce groupe m’était rendue au centuple. C’est un sentiment grisant, terrifiant mais grisant. J’ai adoré ce frisson donnant naissance à une adrénaline intense.


Chanter m’a permis de me construire mais aussi de m’exprimer au travers de ma voix. Elle est vectrice de sentiments, d’émotions, de sensations sur lesquels je n’étais pas forcément capable de mettre des mots. Ou plus simplement, de choses que j’avais tues et que je ne parvenais pas à exprimer. Toujours sous couvert de mondes occultes, je m’y exprimais pleinement.


Je ne sais pas si je remonterai sur scène car je ne sais pas si j’ai réussi à faire le deuil de cette partie de ma vie. Mes priorités ont changé, j’ai d’autres projets. Peut-être y reviendrai-je un jour, mais ce sera probablement plus dans l’ombre, à la composition.



Etwas (Photo: Encyclopaedia Metallum)
Etwas (Photo: Encyclopaedia Metallum)

NOIRE : La scène metal a beaucoup évolué depuis les débuts d'Etwas. Est-ce qu'elle te plaît ainsi ou as-tu délaissé le metal pour d'autres univers ?

VICTORIA HOVE: J’avoue que, comme je n’ai plus aucun pied dans le milieu, je ne m’y intéresse plus vraiment. Je soutiens évidemment toujours les copains dans leurs projets et j’irais les voir s’ils viennent en concert dans le secteur. Mais je ne veux pas être simple spectatrice d’un monde que j’ai autant aimé sans pouvoir y participer, même si j’espère y avoir laissé une petite marque.


NOIRE : Comme moi, tu es fascinée par l'occultisme. Qu'est-ce que l'occultisme pour toi ? Qu'est-ce qui t'intéresse dans ce domaine ? Comment as-tu abordé pour la première fois cet univers et ses pratiques ?


VICTORIA HOVE: L’occultisme est un monde inconnu, inexplicable et inexpliqué, et dont on essaie de connaître les mystères au travers de ses différents arts. Pour moi, il y a une sorte de voile, invisible à l’œil nu, derrière lequel se cachent beaucoup de points inexpliqués.


La vie cartésienne m’a rattrapée avec son rythme effréné au quotidien mais plus jeune, j’étais très sensible. Surtout dans mon ancienne maison. Avant d’y croire, j’ai vu et entendu une femme qui venait régulièrement me rendre visite le soir et qui s’essayait sur la chaise de mon bureau. J’ai senti à plusieurs reprises son parfum dans la cuisine, la nuit. C’était une présence réconfortante bien que totalement inexplicable. Quand d’autres présences étaient plutôt alarmantes, comme le sentiment de se sentir observé, avec quelqu’un sur ses talons en montant les escaliers. Et quand je n’ai plus été la seule à avoir cette sensation de ne pas être seule dans certains endroits, j’ai compris que ce n’était pas mon imagination et que quelque chose se passait réellement.


Cela m’a tellement passionnée que je me suis beaucoup renseignée, mais pas sur toutes les sciences occultes, seulement celles qui m’attiraient le plus : celles qui avaient toujours un lien intrinsèque avec le malin. Je les ai beaucoup explorées à travers mes textes et, de fait, la musique me permettait de satisfaire à cette curiosité. Il me faut aujourd’hui d’autres façons de les aborder.


NOIRE : Tu m'as informée être en train de créer un parfum. Quel est ton lien avec la nature ? Comment as-tu eu l'idée de créer cette fragrance ?


VICTORIA HOVE: J’ai toujours aimé le parfum, sous toutes ses formes. Je suis sensible aux odeurs et l’odorat est pour moi un sens que l’on néglige bien trop souvent. Les parfums, les odeurs, peuvent être reliés à des souvenirs. Comme la pluie qui peut rappeler certaines soirées d’automne, des odeurs d’humus qui font référence à des balades en vélo en forêt pour aller chercher des mûres avec mon grand-père, une odeur de chèvrefeuille qui me renvoie directement à ma grand-mère qui en avait sur les façades de sa maison et dont elle adorait le parfum au printemps. Sans qu’on s’en aperçoive, ils sont partie intégrante de notre vie et donc de notre mémoire et de nos souvenirs.


Je me suis prise de passion pour la création de parfums en début d’année, je me suis d’ailleurs créé un tout petit laboratoire sur mon bureau où je cumule matières premières et essais plus ou moins réussis. Je tiens cependant à noter que je suis totalement autodidacte, que je me forme avec des parfumeurs qui ne me donneront jamais aucune certification et que, sans validation de formulations (ce qui est un parcours du combattant sans fin), je n’ai pas le droit légal de les vendre.


Celui que je tente de finaliser est un hommage à Laura, ma meilleure amie que j’ai perdue tragiquement il y a maintenant plus de trois ans. Je n’ai pas pu assister à l’enterrement mais j’essaie de lui adresser une dernière pensée avec ce parfum. Une odeur de temps froid, de pierre humide de pluie, de terre mouillée. D’encens funéraire d’église. De lys blancs, de roses discrètes. De feuilles de violettes. Pour retranscrire au mieux le souvenir que je me fais de son enterrement, fin janvier, avec le bouquet de lys et de fleurs blanches que j’avais fait porter sur sa tombe.


NOIRE: On voit beaucoup de sorcières sur les réseaux. Que penses-tu de cet engouement pour les anciens rituels païens ? Te considères-tu toi-même comme une sorcière ?

VICTORIA HOVE: Il y a de tout sur les réseaux. Tout est toujours à prendre avec du recul. Il y a quelques années, certains se prenaient pour des vampires, d’autres pour des loups-garous. La « faute » aux films et aux séries. La mode des sorcières a explosé il y a quelques années avec justement ces films et séries, mais aussi avec le mouvement d’émancipation des femmes et un féminisme soutenu. Pour moi, rien de véritablement païen là-dedans mais plutôt des revendications. Sauf si l’on considère que c’est la religion qui a enfermé les femmes et qu'elles prennent aujourd'hui leur revanche en se revendiquant de culture païenne. La sorcière a l’image d’une femme forte et intouchable, elle ne fabrique pas seulement ses philtres d’amour à la maison. Et la représentation de la femme vieille et bossue, qui vit seule, avec son crapaud, a bien servi notre culture patriarcale pour affirmer qu’une femme ne pouvait être indépendante et qu’elle ne pouvait vivre décemment sans être sous le joug d’un homme.


On m’a toujours appelée « la sorcière », compte tenu de mes cheveux roux. Je fais mes propres confitures, mes conserves, mes savons, mes propres alcools aromatisés avec les fleurs et les feuilles de mon jardin, maintenant les parfums. Je créé des monstres de mes mains en ne partant que d’un fil. Des magazines et livres occultes et satanistes sont sur ma table de chevet. Je pense pouvoir me considérer comme telle.


John William Waterhouse "Circé, la Magicienne"
John William Waterhouse "Circé, la Magicienne"

NOIRE: Tu m'as dit ne pas être familière de rituels ou pratiquer l'art occulte et pour autant t'y intéresser. Qu'est-ce qui t'en as empêché jusqu'ici ?

VICTORIA HOVE: Je suis très sensible, du moins je l’étais car cela fait longtemps qu’il ne m’est rien arrivé d’étrange et d’inexplicable. Je viens d’une famille où l’on croit à ce genre de choses. Mon grand-père faisait tourner les tables et lisait dans les lignes de la main. Je suis allée visiter une maison réputée hantée avec mon amie Laura et pendant plus d’un mois, j’étais tellement chargée que mes appareils électroniques fonctionnaient sans être branchés. J’entends parfois la voix d’un homme la nuit chez moi, peut-être l’ancien propriétaire qui s’est pendu dans la chambre d’à côté et dont la présence revient parfois. Une connaissance m’avait enlevé précipitamment un pendentif en cristal , sans que je lui ai montré, et était partie le nettoyer car il était trop chargé. Je porte le poids de beaucoup de choses qui ne me concernent pas directement.


Je pense être un vecteur très réceptif et, sans préparation, sans bases, je pense que je me mettrai en danger. Et je ne trouve personne de fiable pour m’initier. Alors je reste pour le moment en retrait, bien que je sente de plus en plus qu’il manque quelque chose à mon existence. J’aimerais combler ce vide en apprenant à maîtriser et à me servir de ce qui est en moi et qui est, je le pense, dommage de cacher et de gâcher.


NOIRE: Dans quelques jours, tu exposeras à l'événement "Metal Pulse III", organisé par Le Petit Salon de Metal. Le thème de cette soirée de médiation culturelle est la folie. C'est un terme qu'on associe souvent aux artistes. Mais, qu'est-ce que la folie pour toi ?


VICTORIA HOVE: Je pense qu’il faut de la folie dans l’art sinon tout n’est que retenue. On a peur du regard des autres, de leur jugement. De notre propre jugement. De croire que l’on n’est pas à la hauteur ou qu’on ne mérite pas forcément quelques secondes la lumière d’un projecteur. On se compare aux autres et on tue, sciemment, toute inspiration avant même qu’elle naisse.


La folie, c’est se désinhiber. C’est ne plus faire attention aux autres. C’est aller au bout de ses idées, de ses envies, de ses pulsions. C’est ouvrir la porte d’une conscience trop longtemps laissée enfermée par les conventions sociales. Et c’est dans cette folie qu’elle peut s’exprimer pleinement, sans filtre. C’est un dépassement de soi et parfois, une révélation de choses insoupçonnées, dont on ne se savait pas capable. La raison rythme notre quotidien. La folie doit rythmer notre art, quel qu’il soit.


Merci à Victoria Hove d'avoir répondu à mes questions et au Petit Salon de Metal pour la mise en relation.

Commentaires


Réseaux Sociaux Noire
  • Instagram - Cercle blanc
  • Facebook - White Circle
  • Youtube

Noire  © |  All rights Reserved

bottom of page