1349 : "Le black metal est une affaire de philosophie et de remise en question."


NOIRE: Je ne vous demanderai pas de vous présenter, pour des raisons évidentes, mais intéressons-nous un peu à votre histoire...
Archaon: Je suis Archaon, le guitariste de 1349. Ravn, notre chanteur, voulait baptiser le groupe 1349 et, avec l'ancien guitariste, il souhaitait jouer un black metal plus primitif. Ils voulaient se concentrer sur la guitare et la batterie à l'état brut, sans fioritures, tout en conservant l'esprit hardcore. Telle était la mission dès le départ. J'ai rejoint le groupe un an plus tard (en 1998) et j'ai immédiatement commencé à composer. L'année suivante, Frost a également intégré la formation. Nous avons enregistré notre premier EP, 1349, en 2001, sans contrat avec un label. Notre premier album, Liberation, est sorti en 2003.
NOIRE: Au début, Frost était batteur de session.
Archaon: Oui, pendant six mois environ. Et il a tellement aimé la musique qu'il a décidé de rejoindre le groupe. Ce qui nous a bien aidés, évidemment.
NOIRE: En effet, il était déjà connu pour ses incroyables talents de batteur.
Archaon: Il y a plusieurs facettes à la situation. Lorsqu'on intègre un musicien d'une telle envergure à son groupe, on sait qu'il peut avoir d'autres priorités, comme jouer ailleurs, mais il a précisé qu'il ne voulait s'investir à temps plein que dans deux formations. Nous avons dû accepter l'idée qu'il puisse être occupé par Satyricon, tout en sachant qu'il souhaite jouer avec nous aussi souvent que possible... ce qu'il fait effectivement ! Et s'il est pris par Satyricon, nous avons la chance inouïe de pouvoir compter sur un autre excellent batteur pour le remplacer.
NOIRE: Penses-tu que Frost a poussé le groupe davantage vers le black metal extrême ?
Archaon: Absolument, il joue un rôle important dans le groupe, oui.
NOIRE : Pourquoi avez-vous voulu donner au groupe le nom de l'année de la peste noire en Norvège ?
Archaon: C'est effectivement l'année où la peste noire a frappé Bergen, en Norvège. Elle a décimé la population. C'est une histoire très sombre, bien entendu, qui sied parfaitement au black metal.
NOIRE : Nous avons un groupe de black/death en France, appelé Maladist, qui s'inspire de l'épisode de la peste noire en Grèce.
Archaon: Je les écouterai, merci !
NOIRE : Le titre de votre dernier album, The Wolf and the King, est issu d'un ancien symbole alchimique lié à la pureté et à la purification. J'ai discuté de la métempsycose avec le groupe Bliss Of Flesh. Vous reconnaissez-vous dans ce concept de renaissance spirituelle ?
Archaon: Nous sommes imprégnés de ce genre de concepts ; nous cherchons à leur donner du sens. Nous puisons notre inspiration dans la littérature et la musique, tout en étant profondément fascinés par des éléments issus du monde extérieur. Notre approche est en quelque sorte holistique. Notre bassiste, Seidemann, s'intéressait à la magie durant sa jeunesse. L'idée derrière ce symbole alchimique est de devenir une meilleure version de soi-même à travers la souffrance, pour finalement atteindre son plein accomplissement.

NOIRE : Vous semblez bien connaître l'hermétisme. Pensez-vous que le black metal puisse receler une signification occulte secrète, et quel lien cela entretient-il avec vos propres compositions ?
Archaon: Le black metal possède une dimension qui transcende le plan terrestre. Alors que le death et le thrash de l'époque n'abordaient pas ce genre de thématiques, nous les avons explorées de manière plus sophistiquée. En adoptant une perspective différente sur la musique, le black metal s'est ouvert à une multitude d'influences, nous amenant (nous tous, au sein du groupe) à nous interroger sur notre environnement, notre existence et la nature. Cette dimension supplémentaire, cette strate philosophique, constitue un aspect essentiel du black metal. À mes yeux, le plus grand risque est de s'enfermer dans un concept unique ; il est crucial de garder l'esprit ouvert pour pouvoir en tirer le meilleur parti.

NOIRE : Quelle est, pour vous, l'essence du black metal ?
Archaon: Le black metal porte en son cœur une dimension rebelle et inspire une certaine liberté, introuvable selon moi dans les autres genres de metal. C'est une liberté qu'il faut savoir trouver et préserver au sein du genre. Parallèlement, nous étions unis autour d'une approche précise : nous refusions de voir le genre se diluer et tenions à maintenir le black metal dans une forme traditionnelle. Il s'agissait, en se concentrant sur ce noyau et ces instruments, de restreindre les éléments pour mieux élargir la perspective ; l'enjeu était d'exprimer des émotions extrêmes et de mettre en œuvre des techniques telles que la vitesse. NOIRE : Ce n'est pas seulement une catharsis, comme on le lit partout.
Archaon: La vitesse n'est qu'un moyen de s'exprimer et de composer. Tout est une question d'émotions. Chaque morceau possède sa propre identité, ses propres ingrédients. Ni trop, ni trop peu, mais juste ce qui sert la composition.
NOIRE : Chaque instrument, chaque parole raconte une histoire en soi. Il en va de même pour vos concerts : ils sont d'une grande intensité visuelle. Je vous ai vus au Tyrant Fest, par exemple. Considérez-vous la scène comme l'incarnation physique de cette purification par le chaos ?
Archaon: D'une certaine manière, oui, absolument. Lors d'un concert, on libère cette énergie ; c'est un exutoire pour nous-mêmes et nos énergies sombres, un moyen de les exprimer, de les extérioriser et de se glisser dans une autre peau pour les projeter vers le monde extérieur. C'est un peu comme du théâtre, en somme, mais dans un cadre bien réel.
Thanks to Muscadeath, M&O Office Agency and Archeon from 1349.






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