Sébastien Durand, Seisach' Fest "Je suis dorénavant parti d’un principe de base : booker les groupes que j’apprécie et que je souhaite mettre en avant auprès de la communauté Metal du Sud-Ouest."


NOIRE: Bonjour Sébastien, pouvez-vous vous présenter à mes lecteurs ?
Sébastien Durand : Je ne suis pas très à l’aise à l’idée de me présenter, car – déjà – ce n’est pas très important.
Mais si je dois me présenter en quelques mots, je dirais que je suis âgé de 47 piges (ça pique…), professeur d’histoire-géographie dans le civil, fan de Rock grunge puis de Metal (extrême) depuis plus de trente ans, chroniqueur Black Metal pour le webzine Coreandco depuis 2019 et président de l’association Musiques en Bastide depuis deux ans maintenant. Asso qui organise la Seisach’.
NOIRE: Vous organisez bientôt un festival de musique extrême à Sauveterre-de-Guyenne, près de Bordeaux, la Seisach VII. Cette nouvelle édition présente à l'affiche Blod, Silhouette ou encore Darkenhöld. Pouvez-vous nous dire comment est né ce festival ?
Sébastien Durand : Eh bien, figure-toi que l’idée de cet événement Metal n’est même pas la mienne ! La Seisach’ est même née presque par hasard ! En 2019, mon fils cadet prenait des cours de guitare avec Cédric Rougier, le directeur de l’école de Musiques en Bastide, qui gérait par ailleurs la salle de concert Simone Veil. Il a intercepté une conversation de Cédric qui souhaitait créer un événement Rock/Metal et, se mêlant de ce qu’il ne le regarde pas, il a interpelé tout le monde en disant que son père était chroniqueur Metal pour CoreandCo ! Et de fil en aiguille, la première édition est née en janvier 2020. On a eu du bol. Deux mois plus tard, c’était le confinement…
NOIRE : Quelle est l'identité de la Seisach' ? Que veut dire ce nom ?
Sébastien Durand : J’y suis allé mollo au cours de la première édition pour habituer les esgourdes des populations autochtones, avec les copains de Seeds of Mary à l’affiche. Mais je savais qu’il ne s’agissait qu’une étape vers des concerts, dont l’identité allait s’ancrer dans le Black et le Death Metal, avec une lichette de Thrash et de Doom, voire une pincée de Post-.
Or, pour la Seisach’ V en 2024, pour les 20 ans de Coreandco, j’ai ouvert le vendredi au HxC ou au Prog’ ; la soirée a été plutôt bonne niveau fréquentation (contrairement au lendemain), mais je ne me suis pas senti super à l’aise, ni légitime à le faire. Bizarre…
Quant au nom « Seisachtheion », il s’agit d’une référence à un cours d’histoire grecque que
j’ai reçu en 2 e année de fac. L’enseignant nous avait parlé alors d’un certain Solon, magistrat athénien du VIe siècle av. J.-C., qui avait mené une politique fiscale audacieuse consistant à effacer les dettes des citoyens de la cité. Cette réforme porte le joli nom de Seisachtheia, littéralement « soulagement du fardeau ».
Quand je suis devenu chroniqueur, je ne voulais pas faire apparaitre mon matricule, d’autant que je suis enseignant. J’ai donc masculinisé ce mot et c’est devenu « Seisachtheion », « le pourfendeur du fardeau ». Autant te dire que les copains de Coreandco ont galéré pour l’écrire et le prononcer. Jusqu’à que le teamer Cyril Glaume règle le problème en m’appelant « Seisach’ ». Prononcez-le comme vous pouvez, mais ça se dit plutôt séïzak.

NOIRE : La programmation fait la part belle au metal extrême. Comment choisissez-vous les
groupes pour le festival ?
Sébastien Durand : Je suis dorénavant parti d’un principe de base : booker les groupes que j’apprécie et que je souhaite mettre en avant auprès de la communauté Metal en Gironde et du Sud-Ouest.
J’écoute, je lis, je consulte les copains, je sollicite des avis ici et là, mais à l’issue je suis le seul à booker, d’autant que je suis (quasiment ^^) le seul métalleux au sein du bureau de Musiques en Bastide. Dans tous les cas, j’essaie de trouver un équilibre entre les valeurs fortes de la scène nationale, les groupes reconnus dans leur style et les jeunes formations de la Gironde et de la région.
Sinon, il m’arrive d’abord de chroniquer un album pour Coreandco puis, ayant apprécié ou senti un potentiel sur scène, de faire une proposition de booking. C’est ce qui est arrivé pour Miasmes par exemple, pour lesquels j’avais fait le déplacement de deux heures pour les voir au Vars Attacks (un an avant la Seisach’ V), discuté avec eux et calé leur venue. Mais j’avais avant toute chose aimé leur 1 er album et écrit quelques lignes à ce sujet pour le ‘zine. Je les refais encore cette année avec les Toulousains Sulfator pour lesquels j’ai fait un aller-retour uniquement pour les écouter en concert (4h de route tout de même). C’est à la fois cohérent et un peu bête comme démarche, n’est-ce pas !?!
NOIRE : Comment se porte la scène extrême en Gironde ? Avez-vous des groupes locaux à
mettre en avant ?
Sébastien Durand : Vaste sujet !!! Figure-toi que la scène extrême girondine se porte bien, au-delà du fait que la place bordelaise peine à capter de gros plateaux depuis bien trop d’années. Pour les tourneurs des groupes à (grosses) guitares, Bordeaux est une des villes les plus déficitaires de France. Et la Salle Simone Veil (écrit de la Seisach’) est sise à 45 mn de la rocade bordelaise : je te laisse imaginer le défi que cela représente pour mon asso.
Sinon, derrière les darons (GOROD, THE GREAT OLD ONES, YEAR OF NO LIGHT, dans une
moindre mesure SETH, car davantage parisien que bordelais désormais…), les groupes bordelais défendent ce Metal extrême dans de multitudes de directions avec aussi bien le Black Metal (OPPRESSION, THE TRUE GOATBLOOD, TORTURÉ ET DÉPRESSIF…), le Doom (BLÓÐ, FUNERAL WISDOM, SOLIFERRUM dernièrement), le Death (ABHORRENT EXECRATION, AD PATRES bien sûr, CARBON SEED, HRAFN JARL, LOWER STANDARDS, MORTUAIRE, SICKMIND, STARLIT PYRE, les petits jeunes de VILEBLOOD…) que le Grind (DIRTY POT OF CUM, GRINDER BUENO, …). Une belle pelleté de groupes émergents accompagnés d’ailleurs par des asso qui se bougent, comme The Insane Legions, Red Water, Enochian Vehemence et j’en oublie !
NOIRE : A titre personnel, vous êtes plutôt black ou plutôt death ? Quels sont vos groupes
préférés ?
Sébastien Durand : Si je faisais de cet évènement le miroir fidèle de la musique que j’écoute, la Seisach’ serait essentiellement Black Metal, mais il faut bien se rendre à l’évidence que cela rendrait compliqué de remplir la salle Simone Veil. Déjà qu’elle est située en pleine campagne…
J’aime trop le Black Metal pour en extraire quelques unités marquantes, tellement les sorties
qualitatives s’enchainent semaine après semaine. Mais je ne devais en choisir qu’un… ce serait les Suisses d’AARA.
NOIRE : A l'heure actuelle, beaucoup de festivals ou de concerts s'annulent en France. Quelle est votre analyse de la situation ? Qu'est-ce qui fait que votre festival continue d'évoluer malgré le climat incertain ?
Sébastien Durand : J’aurais plein de choses à dire ou à écrire sur ce sujet, qui mériterait une interview à lui tout seul… Et j’ai peur d’en froisser certains, qui abordent une telle organisation avec de la passion et de l’énergie certes, mais avec un peu de légèreté et un manque de sérieux budgétaire, comptant spécialement sur les préventes pour financer leur édition en cours. Or, les assos font face à des frais importants, bien avant que les portes de leur événement ne s’ouvrent, à l’exemple de cachets d’artistes (en constante augmentation…) dont il faut régler parfois 50% du total plusieurs semaines, voire quelques mois avant. Or, ce système ne fonctionne plus ! Pour la Seisach’ VI, 80% des entrées (préventes et sur place confondues) ont été prises entre le 1 er et le 18 octobre 2025 !!!
Notre festival évolue bon an mal après une 5 e édition accusant de grosses pertes et une 6 e à succès qui a permis de recouvrir quasiment toutes les pertes de l’année précédente. Chaque sortie d’argent est examinée désormais avec rigueur, le tout en creusant patiemment son sillon, année après année, autour d’un festival chevillé dans le Metal extrême et centré sur la programmation de groupes rares dans le Sud-Ouest.
La Seisach’ compte toucher un public de niche, mais des métalleux et des métalleuses motivés et enclins à se bouger pour faire (sur)vivre un des rares événements récurrents en Aquitaine souhaitant valoriser la face noire du Metal. Et si jamais on devait me demander de programmer d’autres styles dont lesquels je ne me reconnais pas (au-delà de la grande qualité des groupes concernés), j’arrêterai la Seisach’ sur le champ…

NOIRE : Vous êtes chroniqueur chez COREAndCO. Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans cette autre casquette ?
Sébastien Durand : Je dirais plutôt que c’est l’organisation de la Seisach’ qui a été dans un premier temps mon autre casquette, car tout a commencé par mon intégration au sein de ce webzine il y a pas mal d’années maintenant, en tant que « Seisachtheion ». Malheureusement la préparation de ce festival prend de plus en plus le dessus sur le travail de chroniqueur : je produits trois à quatre fois moins de chroniques qu’au début de mon aventure avec Coreandco et je le regrette.
J’ai fait récemment les chroniques des derniers Pilori et Numen et cela m’a fait beaucoup de bien, car cela voulait dire que j’avais trouvé enfin du temps pour les écouter avec l’attention qu’ils méritent. Je compense un peu par ma participation à d’autres festivals (Motocultor, Muscadeath, Douceur Noire) où je mêle réseautage en faveur de la Seisach’ et couverture média (interviews, live reports) pour ce webzine qui traine derrière lui une bien belle réputation…
NOIRE : Il est peut-être trop tôt pour le dire, mais envisagez-vous une VIII édition de la Seisach'?
Alors, on est obligé d’y penser. J’ai même noué des contacts, plutôt robustes et prometteurs d’ailleurs, depuis le milieu de cet été. La nouvelle de l’annulation du Tyrant m’a bien retourné, alors même que j’ai eu l’occasion de discuter longuement avec Elise, l’un des quatre piliers de cette messe noire, sur les vicissitudes de l’organisation de tels événements.
J’espère que le Tyrant s’en relèvera… Mais cela m’oblige à aborder une 8 e édition avec beaucoup de prudence. Ceci dit, alors que la Seisach’ VII approche à grands pas, la seule chose que je peux t’affirmer est que la Seisach’ VIII intégrera pour la première fois des groupes étrangers.
Merci à Sébastien Durand !






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