Dragunov "Jouer au Hellfest a été une forme de consécration."


NOIRE: Bonjour Dragunov, pourriez-vous vous présenter à mes lecteurs, s'il vous plaît ?
SEB : Hello Noire! Nous sommes Dragunov, un duo de post-metal instrumental basé à Nantes, avec Sébastien à la guitare et Tristan à la batterie.
NOIRE: Votre univers artistique se base sur l'ère Soviétique. Pourquoi ce thème vous tient-il autant à coeur ?
TRISTAN: Nous nous inspirons de cet univers car, lorsque nous étions plus jeunes et que nous avons eu envie de créer un groupe, nous souhaitions l’appeler DRAGUNOV. À l’époque, le nom de ce fusil de précision russe nous semblait assez badass et correspondait à l’image que nous voulions dégager.
Plus tard, lorsque nous avons réellement lancé le projet en duo instrumental, ce nom a naturellement nourri notre direction artistique et notre univers sonore, avec des influences sombres, froides et martiales.
NOIRE : Votre musique est post-metal, instrumentale. Par nature, il y a un côté expérimental sur les compositions, toujours intenses, progressives et nappées de textures électroniques. Comment travaillez-vous vos morceaux ?
SEB: Nous faisons beaucoup de jams avec Tristan, la composition repose avant tout sur le feeling et la connexion entre nous. Ayant moi-même été batteur avant de devenir guitariste (Abysse), nous partageons une sensibilité rythmique commune, ce qui renforce aussi ce côté martial qui caractérise notre musique.
Nous composons donc principalement à l’instinct, avec une volonté constante de créer quelque chose de massif et d’immersif. Les concerts auxquels nous assistons, notamment au Hellfest, sont également une grande source d’inspiration : certaines ambiances, sonorités ou approches de groupes que nous découvrons nourrissent nos idées, que nous réinterprétons ensuite à travers notre propre identité, à la sauce Dragunov.
NOIRE : Votre dernier album "VEPR" est sorti le 6 décembre 2024. Cet opus est une évocation d'évènements historiques survenus en Ukraine dans les années 30. Pouvez-vous expliquer à mes lecteurs vos parti-pris sur cet album et pourquoi avoir voulu évoquer ce sujet qui s'ancre dans l'actualité ?
TRISTAN: Chaque album de Dragunov s’articule autour d’une accroche historique et d’une thématique particulière. Korolev explorait la conquête spatiale, Arkhipov la conquête marine, et notre dernier album, VEPR, retrace plusieurs épisodes majeurs de l’histoire de l’Ukraine face à la Russie.
Nous avons toujours aimé nous plonger dans l’Histoire pour nourrir les concepts et les univers de nos albums. Pour VEPR, nous avions déjà composé l’album lorsque la guerre en Ukraine a éclaté. Cela a donné lieu à de nombreuses discussions entre nous, car notre nom était forcément associé à l’actualité et nous ne voulions pas être assimilés à une quelconque idéologie ou position liée à la Russie.
Nous avons donc choisi de prendre le contre-pied de cette association en baptisant l’album VEPR, du nom d’une arme ukrainienne, et en explorant l’histoire de l’Ukraine à travers les moments clés de sa relation avec la Russie. C’était la première fois que nous abordions un sujet avec une dimension politique aussi marquée, mais cela nous semblait être une démarche importante et cohérente avec notre volonté de raconter des histoires à travers notre musique.

NOIRE : S'il n'y a d'habitude pas de voix posée sur vos accords, vous avez invité Stefan de Graef, le vocaliste de Psychonaut, à venir chanter sur le morceau "The Great Hour". Pourquoi ce choix ?
SEB: Nous avons toujours eu envie d’inviter un chanteur sur l’un de nos morceaux, d’abord pour sortir de notre zone de confort, explorer de nouvelles possibilités et proposer quelque chose de différent à un public habitué à nos compositions instrumentales. C’était un véritable pari, mais qui s’est finalement révélé être une belle réussite.
Le choix de Stefan De Graef s’est imposé naturellement. Nous avons eu l’occasion de partager plusieurs scènes avec son groupe, en Belgique et à Paris, et nous apprécions énormément leur univers. Au fil des rencontres, une belle relation s’est créée, et son timbre de voix nous a particulièrement marqué.
À la fin d’un concert, nous lui avons simplement proposé l’idée d’un featuring. Il a tout de suite été partant, et c’est comme ça que l’histoire a commencé !

NOIRE : Vous portez souvent des masques, qu'ils soient à gaz ou plus intriguants, comme sur la cover de cet opus. Souvent, c'est une volonté d'anonymat, de vouloir cultiver le mystère ou d'apporter une continuité visuelle aux thèmes abordés sur l'album. Qu'est-ce qui vous plaît et que voulez-vous exprimer en portant ces costumes ? Comment avez-vous eu l'idée du masque de la cover, d'ailleurs ?
TRISTAN: Nous avons mis cette esthétique en place dès le début du projet, non pas pour nous cacher derrière les masques ou créer une forme d’anonymat, car en live nous ne les utilisons finalement que sur le premier morceau, mais surtout pour renforcer l’identité visuelle du groupe. Notre volonté était que l’auditeur soit marqué autant par notre musique que par notre univers graphique.
Au fil des albums, nous avons imaginé différents masques à gaz, chacun étant souvent lié à la thématique de l’album concerné. Sur scène, une fois l’effet de découverte passé, nous préférons toutefois mettre l’accent sur l’humain, l’énergie et la complicité qu’il y a entre nous. Nous ne souhaitons pas forcément reproduire l’ambiance très froide et distante que l’on peut parfois retrouver dans certains concerts de post-metal, même si cette approche peut être très esthétique.
Pour la pochette de VEPR, nous avons choisi de créer une figure de soldat ukrainien qui symbolise l’ensemble de notre démarche autour de l’album. C’était aussi un vrai plaisir de développer cet univers visuel et de participer à toute sa création.
NOIRE: Vous revenez tout juste du Hellfest où vous avez joué le vendredi 19 juin. Quelle est votre expérience de ce moment ? Quel est votre meilleur souvenir de scène ?
SEB: C’était un moment complètement fou et inoubliable pour le groupe. Après toutes ces années de travail et d’investissement, c’est une forme de consécration.
Jouer devant autant de monde, même à 10h30 du matin, était assez incroyable. Ce qui nous a le plus marqué, c’est de voir le public aussi réactif, présent et enthousiaste. Sentir que les gens accrochaient à notre musique et prenaient autant de plaisir que nous sur scène restera clairement l’un de nos plus beaux souvenirs.
NOIRE: Je travaille beaucoup avec le milieu black metal. Est-ce qu'il y a des groupes ou des morceaux de ce genre musical qui vous plaisent tout particulièrement ?
TRISTAN: En réalité, nous sommes très ouverts musicalement et nous aimons explorer des styles et des univers très différents, même si le post-metal reste notre terrain de prédilection.
Parmi les groupes qui nous inspirent, on peut citer Triptykon, Gaerea, Oranssi Pazuzu ou encore Behemoth. Nous aimons aussi les approches plus extrêmes et il nous arrive même d’intégrer quelques passages avec du blast dans certaines de nos compositions, haha !

NOIRE: Quels sont vos futurs projets ?
SEB: Nous travaillons déjà sur le prochain album, avec plusieurs compositions en cours de création. Mais nous préparons également un projet un peu particulier pour l’année prochaine, dont nous ne pouvons pas encore dévoiler les détails.
Ce que l’on peut simplement dire, c’est que nous avons envie d’expérimenter de nouvelles choses et d’explorer des territoires différents avec Dragunov.
Merci à Dragunov pour leurs réponses fort intéressantes à mes questions et à Shake Promotion pour la mise en relation.





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