Une Vraie Gothique - Le duo électro dark parisien vous donne rendez-vous au cimetière
- Noire Lemag

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NOIRE: Salut Une Vraie Gothique, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
FERDINAND: Salut ! On est Une Vraie Gothique, un duo Electro Dark Parisien, nous existons depuis 2022 et nous venons de sortir notre premier album chez Manic Depression.
CLAIRE: Merci à toi de nous accueillir dans ton antre sombre ! Oui, notre duo est composé de Ferdinand et moi. On est auteur/compositeur/interprètes, ce qui signifie qu'on prend intégralement part à toutes les étapes de création pour répandre le dark. Enfin, je dis qu'on est deux, mais on est presque trois, car je prête mon corps et ma voix à Ulrika, une personnage/émanation qui est présent sur scène et dans les compositions.

NOIRE: Le nom de votre duo, Une Vraie Gothique, m'a interpellée. Pourquoi avoir voulu s'appeler ainsi ?
FERDINAND: Lorsque j’étais au Lycée et que j’ai découvert le mouvement gothique, j’ai nourri secrètement le fantasme d’être, moi aussi, UNE vraie gothique. Lorsque j’ai rencontré Ulrika, j’ai eu l’impression qu’elle incarnait ce que j’entendais par là. En faisant de la musique ensemble, je poursuis mon rêve d’incarner cette entité sombre qui me plaisait et me plait encore.
CLAIRE: Mais ce qui est drôle, c'est qu'Ulrika non plus n'est pas une vraie gothique. Ulrika, c'est plutôt une sorcière ancestrale dont je suis (Claire) le véhicule. Elle a tout à voir avec des sortilèges, l'hermétisme laïc, le sacré, le transcendant dans les ombres. Elle ne se voit pas du tout comme gothique ! Et certainement pas comme LA vraie gothique. Une vraie gothique, c'est impossible à être, comme dans le TRVE Black Metal. Alors c'est finalement toute personne qui a cette sensibilité tragique, ce goût du silence mystique, et peut-être une étrangeté au monde contemporain... qui trouve sa place à côté, dans la forme d'intensité spéciale des ombres.
NOIRE: En écoutant votre musique, on ne peut s'empêcher de penser au mouvement gothique tel qu'il était il y a une quinzaine d'années, où on se retrouvait à Bastille et dans les soirées gothiques pour danser sur du Velvet Acid Christ ou Wumpscut. Est-ce qu'il y a une forme d'hommage à la scene goth 2000 dans votre univers ?
CLAIRE: C'est vrai ! Je crois qu'il y a beaucoup de nostalgie, de fantasme. On est allé chercher des influences inspirées de nos adolescences, nos obsessions qui ont ce goût là tout particulier des premiers choix qu'on fait pour soi, de la façon de se positionner dans un groupe, construire une identité. Et tout ça s'est fait sur fond de bande originale de ces groupes, donc je trouve tout naturel que tu trouves un écho.
Après, il y a beaucoup d'autres influences : du rap pour Ferdinand, des musiques plus traditionnelles, et même médiévales pour moi. Sur notre morceau d'introduction de notre prochain EP, j'utilise carrément des extraits de Hildegard von Bingen, une abbesse du XIIè siècle que j'adore.
FERDINAND: Oui, tu as vu juste, notre projet est un hommage à la mouvance goth et il influencé par de nombreux projets dont ceux que tu as cité. Nous le percevons comme une main tendue à toutes celles et ceux qui veulent découvrir le mouvement.
NOIRE: Le 26 mars 2026 est sorti votre premier album "R.D.V au cimetière", que j'ai bien sûr écouté avec plaisir. Quel en a été le processus créatif ?
FERDINAND: En général nous composons ensemble ou alors je commence en proposant une base avec rythme et basse. Ulrika vient se greffer et propose du chant, des variations de basse, des leads synthés bien catchy, et nous structurons le tout ensemble. Nous n’avons pas toujours le même modus operandi, il arrive qu’elle passe beaucoup plus de temps que moi sur un morceau.
CLAIRE: Je suis contente que l'album t'ait plu ! Je passe parfois plus de temps que Ferdinand parce que je suis très attentive aux voix, aux effets. J'ai une façon un peu "brouillonne" de composer, dans laquelle je m'immerge dans le son, je fais des tests. Il y a plein de choses qui sont des trouvailles, ou même des erreurs.
Par exemple, sur Un Monde Noir, je voulais obtenir un son spécial de synthé, et en fait, j'en ai trouvé un complètement différent. J'aime beaucoup ce braconnage inventif dans les VST, ou dans les lignes mélodiques. C'est aussi comme la bibliothèque idéale d'Aby Warburg (un historien de l'art, du début XXè) dans laquelle le livre qu'il cherche réellement se trouve à côté de celui qu'il croit chercher.

NOIRE: Qu'est-ce que vous souhaitiez raconter avec cet album ?
FERDINAND: R.D.V. au cimetière c’est l’éternel rencontre de nos personnages. Ferdinand le forever wanabe qui veut être Dark et Ulrika, la sorcière qui cherche sa place dans ce monde. Nos personnages se connectent, s’attirent, se repoussent parfois mais sont finalement unis par leur grande sensibilité. Avec cet album, nous nous adressons à celles et ceux qui se sentent un peu à part, un peu étranges et leur proposons de venir nous rejoindre dans les ténèbres.
CLAIRE: Oui, ce RDV au cimetière, c'est la promesse d'une rencontre entre nous, avec les autres aussi. Celles et ceux qui vont venir découvrir l'album, et ressentir toute sa mélancolie, et son énergie ardente. Mais c'est aussi les différents sens que prennent les mots avec lesquels nous jouons beaucoup. Pour Ferdinand, ce RDV a le goût de l'adolescence, de l'interdit un peu sulfureux des tombes. Pour Ulrika, c'est la confrontation à des difficultés plus existentielles et à la possibilité d'envisager la mort comme seule réponse possible à ces incompréhensions.

NOIRE: Quelles sont vos influences ?
CLAIRE: Tout ce qui est bizarre, étrange, original, intéressant, amusant. Je peux aller chercher des gimmicks vocaux chez Suicide Commando autant que chez Nina Hagen ou Yma Sumac (si tu ne connais pas Yma Sumac, écoute "Mambo"). C'est une chanteuse péruvienne époustouflante dont l'amplitude vocale va de la soprano coloratur à la voix saturée très grave!).
J'ai aussi beaucoup d'influences visuelles dans le cinéma expressionniste allemand (Lang, Murnau), ou la danse de Mary Wigman (La sorcière), et aussi le black metal. Mon amour de jeunesse, c'était Nargaroth. Je reste profondément attachée à "Abschiedsbrief des Prometheus" sur l'album Rasluka Part II, pour sa puissance évocatrice et mélancolique. Et ces cris de Nazgul ! Mais le chanteur, René, a mal tourné et à récemment insulté Myrkur sur son compte instagram (oui, c'est Ulrika-gossip) en faisant preuve de misogynie aussi décevante que prévisible dans ce milieu du black metal qui peine à comprendre l'urgence de l'égalité femme/homme sur sa scène. Comme influence bestiale, qui fait du bien à la scène, je pense forcément à Witch Club Satan, trois norvégiennes incroyables qui vont chercher de l'animalité, de la rage, de la puissance. Elles réalisent ce tour de force incroyable de rendre leurs corps dénudés non érotiques mais profondément puissants, menaçants, généreux.
FERDINAND: Je dirais Hocico, Suicide Commando, Combichrist (période electro-indus), Tamtrum, Punish Yourself, Die Antwoord, Nitzer Ebb, Front 242, Frontline Assembly, Wumpscut, The Prodigy et bien d’autres trucs bien Dark et énervés.

NOIRE: Vous avez déjà effectué quelques concerts en marge de la sortie de cet album. Quelles sont vos impressions de ces live ?
FERDINAND: Je suis toujours très touché de la manière dont le public reçoit notre proposition. A la base, on fait une musique qui ne parle pas forcément à tout le monde mais de plus en plus de gens reçoivent notre générosité et c’est toujours un grand soulagement en fin de concert quand les gens disent qu’ils ont aimé.
CLAIRE: J'ai une relation plus ambivalente au live. Ce sont des moments de connexion intense avec certaines parties de moi qui ne s'expriment pas dans la vie de tous les jours. Mon personnage, Ulrika, est liée à une forme d'intensité et de présence extrême. Elle voudrait être plus présente mais il faut bien travailler/manger, et se souvenir que le jour se lèvera le lendemain ! Sortir des premiers concerts était difficile, comme un retour au réel très étrange. Mais plus je pratique ce personnage, plus j'y mets aussi de la tendresse, de la joie, et pas seulement une force animale violente. Et le public le reçoit ! Aussi, on a toujours beaucoup de chance d'avoir des photographes talentueux.ses qui nous livrent des images magnifiques.
NOIRE: Quels sont vos projets pour la suite ?
CLAIRE: Je suis en train de monter différentes captations (Metz Noire), nous allons tourner une live session de Nuée Ardente avec Anaïs Novembre, et nous allons aussi finaliser le montage de Chasses aux Sorcières avec Supershotgun qui deale des guns. Donc pas mal de montage. Mais aussi de la composition pour finaliser un featuring, avec Persephone's Revenge qui devrait sortir en septembre 2026 et dont nous avons très très très hâte ! FERDINAND: Nous allons défendre cet album sur scène le plus possible. Nous composons de nouveaux morceaux et nous travaillons sur un film documentaire qui raconte notre épopée à Bombay Beach en Californie où nous sommes allés composer un morceau qui parle des mathématiques dans un contexte improbable.
CLAIRE: Oui, c'est vrai ! Nous avons composé ce morceau lors du Mars College Festival où nous avons eu le plaisir et l'honneur d'être invités par Vanessa Rosa et Gene Kogan en février 2026. Cela faisait longtemps que je voulais prendre le temps de pousser ma passion des mathématiques sensible et composer un morceau qui permette de ressentir et comprendre en même temps une démonstration théorique ! Là, nous avons travaillé sur la formule de Bâle, d'Euler, qui est très belle : la somme des inverses des carrés, de 1 à l'infini fait... Pi²/6. Ce sera la bande originale de notre documentaire. Nous en avons fait une V0 au milieu des canyons en Californie, avec des projections gigantesques tout autour de nous sous la pleine lune. Les images seront bien sûr dans le documentaire ! Tu vas me demander quel est le rapport avec Une Vraie Gothique. Les mathématiques, ce n'est pas très gothique. Et je dirais : ... et pourquoi pas ?
Merci une Vraie Gothique d'avoir accordé cette interview à Noire :)



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