Grandma's Ashes : avec "Bruxism", on a fait sauter nos barrières personnelles
- Noire Lemag

- il y a 4 heures
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NOIRE: Bonjour Eva, Myriam et Edith ! Vous êtes trois, pourriez-vous vous présenter chacune en trois mots ?
EDITH : Salut, je suis la batteuse de Grandma’s Ashes et je fais aussi les chœurs derrière les fûts !
EVA : Hello, je suis Eva, chanteuse lead et bassiste de Grandma's Ashes, je suis aussi tatoueuse et illustratrice pour le merch qu'on propose.
MYRIAM : Hello, je suis Myriam, guitariste de Grandma’s Ashes, je fais les chœurs également.

NOIRE: Vous avez commencé à composer en tant que Grandma's Ashes en 2021. Était-ce votre premier groupe ? Quand avez-vous chacune commencé votre carrière musicale ?
EDITH : J’ai eu quelques groupes avant, quand j’ai commencé la batterie à 13 ans j’ai monté un groupe avec meilleurs amis qui étaient aussi à fond dans AC/DC, Green Day, System … On a joué ensemble jusqu’à la fin du lycée, en arrivant à Paris pour les études j’ai eu quelques formations qui ne sont pas vraiment sorties des salles de répét’, puis j’ai rencontré les filles, on fêtera les 10 ans du groupe en janvier prochain ! EVA : J’ai commencé à composer très jeune, j’ai été élevée par des parents musiciens donc j’ai eu accès au monde merveilleux des répètes dans le salon et des instruments dans toutes les pièces vraiment petite. J’ai commencé à jouer mes compos au lycée avec mes premiers groupes, et après quelques concerts et plusieurs formations j’ai rencontré Myriam, puis plus tard Edith et nous voilà ! Au début on jouait un ensemble de mes compos, et on a commencé à écrire de nouvelles choses à 2 puis à 3, ce qui constitue aujourd'hui un EP et 2 albums!
MYRIAM : J’ai commencé la musique à l’adolescence en faisant partie de différents groupes dans mon lycée avec mes meilleurs amis. On était très glam rock/hard rock : Guns'n'Roses, Mötley Crue, Led Zeppelin, T-Rex, QOTSA. J’ai eu un premier groupe dans lequel j’ai fait mes armes à cette époque, plutôt orienté garage/ heavy psych, j’ai découvert à cette époque les effets de guitare : fuzzs, delays et j’ai composé mes premiers morceaux.
En arrivant à Paris j’ai tout de suite rencontré Eva qui avait déjà une vingtaine de chansons, le coup de cœur a été immédiat. On s’est mis à répéter ensemble et à mélanger nos univers, c’est finalement la culture 90s et le prog qui nous ont rapprochés et on a décidé de fonder Grandma’s Ashes.
NOIRE : Depuis, vous avez sorti un EP "The Fates", un premier album "This Too Shall Pass" et bien sûr, votre nouvel opus Bruxism, sorti chez Veryrecords le 24/10/2025. Qu'est-ce que vous avez voulu exprimer dans chacune de ces compositions et quels sont les points communs entre chaque ?
EDITH : Avec le premier EP, on a appris à se connaître musicalement toutes les trois, ce sont nos premières compos, assez influencées par le stoner, avec quelques touches prog. On parle déjà de nos expériences personnelles dans les textes, mais il y a encore beaucoup de pudeur, dissimulée dans l’humour noir.
On s’est plus livrées sur le premier album This Too Shall Pass, qui a été composé au moment du confinement entre de longues séances introspectives autour d’un thé, à parler de nos vies, nos peurs, nos doutes, il est beaucoup plus lyrique et prog.
Et le dernier, Bruxism, a été créé avec l’envie de faire sauter nos barrières personnelles et de retourner la scène. On a fait plus de place pour la colère et la violence qu’on ressent au quotidien, mais je dirais que les trois sont un voyage dans nos sensibilités.
EVA : Comme pour les deux albums/ep précédents, on y parle avant tout de nous-mêmes, de nos vécus et de nos émotions, on parle de santé mentale aussi. Les sujets sont tout aussi intimes qu'ils sont universels, dépression, angoisse, tristesse. Le point commun, on se cache moins derrière des métaphores, on est plus directes, et on a compris que cette sensibilité nous rapprochait de notre public donc on s’est aussi rendues plus accessibles encore, dans les paroles et la composition, pour partager encore plus fluidement ce qu'on a a dire.
NOIRE : "Bruxism" évoque de nombreux thèmes, tels que l'éco-féminisme, le stress ou la santé mentale. Qu'est-ce qui vous a poussé à mettre en avant ces thématiques très ancrées dans notre société d'aujourd'hui ?
EDITH : Tout est parti d’observations dans notre quotidien parisien: de longues minutes serrées dans le métro en heures de pointe, les bousculades, les remarques désagréables, l’agressivité des gens et l’indifférence qu’on développe inconsciemment au fil des années. On a eu l’impression de perdre une part de notre humanité, d’être broyées, la musique a été une façon d’exprimer cette colère.
EVA : Comme dans la question précédente, le besoin, l’urgence de communiquer et de partager, de se sentir moins seules avec ces thématiques qui parlent à beaucoup de personnes de notre public. On voulait faire un album ancré dans notre époque, et être nous mêmes ancrées dans notre corps et dans notre tête, en composant, puis sur scène.

NOIRE : Pouvez-vous nous raconter le processus créatif de Bruxism ?
EDITH : Pour Bruxism on a continué à jammer comme on a fait pour l’EP et pour le premier album, on se retrouvait toutes les trois pour faire des maquettes, écouter de vieux audios laissés sur notre drive et jouer jusqu’à que des structures prennent forme.
On a aussi travaillé sur Ableton chacune de nôtre côté, j’écrivais des parties de batterie sur logiciel, pour tester différentes versions, trouver des idées qui ne me seraient pas forcément venues derrière la batterie.
Eva et Myriam expérimentaient aussi chez elles avec les structures, les sons, c’est comme ça qu’on est arrivées à des sons plus électroniques sur l’album, pour le traitement de la voix sur Neutral Life Neutral Death par exemple, ou les boîtes à rythmes.
EVA : De mon côté, j’essayais des choses avec un synthétiseur, déjà pour transformer ma voix mais aussi pour rajouter des textures ou petits adlibs mélodiques en réponse aux effets des pédales de Myriam sur les maquettes. On ne s’est interdit aucune expérimentation.
Je prenais aussi des cours de chant lyriques et saturés pour étendre ma palette technique vocale et finalement en travaillant à distance, j’ai eu l’espace, sans timidité, de chercher plus de choses à la voix aussi.
C'est toujours un peu intimidant devant d’autres personnes d’essayer des choses en chantant, alors les allez retours ordinateur // répètes étaient très favorables à de nouvelles expérimentations, en douceur!

NOIRE : Quelles sont vos influences musicales à toutes les trois et lesquelles vous ont inspirées le plus pour créer cet album ?
EDITH : J’ai toujours été très inspirée par Deftones, et le jeu du batteur Abe Cunningham, on est très fan toutes les trois. Il y a aussi Paramore, les live de Nine Inch Nails et des groupes post-metal comme Amenra, Cult of Luna…
EVA : Pour cet album, je suis revenue à beaucoup de mes influences d’ado. Du grunge et du nu metal d’abord, Kittie, Limp Bizkit, Korn, Alice in Chains, Coal Chamber, ce qui m’a donné envie d’insérer plus de saturations et d’efficacité, et dans la voix et dans les riffs de basse (pour Flesh Cage notamment). Je suis énormément revenue à ma période New Wave aussi, j’avais envie de retrouver la fraîcheur et la mélancolie des expérimentations sonores de certains albums de The Cure (comme the Top). Et en même temps je plongeais à corps perdu dans la musique influencée électro et pop, Sneakers Pimps, Addison Rae, Yellow Magic Orchestra. J’avais envie d’amener plus de sonorités modernes, et hyper pop.
MYRIAM : Je pense que notre force réside dans la diversité de nos influences. Pour composer Bruxism j’ai écouté beaucoup de trip-hop (Massive Attack, Sneaker Pimps), du Nine Inch Nails mais aussi des projets plus électroniques et ambient comme Boards of Canada.
J’ai voulu revenir à un jeu de guitare plus brut en écoutant Korn, Deftones et je pense que Wes Borland m‘a aussi beaucoup influencé au niveau des textures et des riffs efficaces, mais j’écoute aussi beaucoup de folk et d’indie (Nick Drake, Elliott Smith) ce qui se ressent sur des morceaux plus calmes comme Dormant ou Calix où j’utilise des techniques de picking. C’est un joyeux mélange !
NOIRE: Que diriez-vous à votre moi d'il y a 5 ans, au tout début de votre carrière ?
EDITH : Je lui dirai de prendre les choses plus à la légère et de ne pas oublier de kiffer un max!
MYRIAM : Pareil, je lui dirais que le plus important est de profiter du moment présent, de persévérer et d’être fière de ce qu’on a la chance d’accomplir.
EVA : Je dirai de lâcher prise, de profiter de l’allégresse des moments sur scène.

NOIRE: Vous jouerez lors du vernissage de Tout n'est pas Sombre, une exposition artistique qui aura lieu à Rochefort du 19/09/2026 au 02/01/2026. autour du metal et de la mort. Je suis curieuse, quels sont vos artistes visuels préférés ?
MYRIAM : J’aime beaucoup les tableaux d’Eliran Kantor. Son travail emprunte aux codes du clair-obscur et mêle mythologie, ésotérisme et imaginaire sombre. C’est une esthétique très proche de celle que nous avions choisie pour notre premier album, et plus largement d’une iconographie profondément ancrée dans la culture metal.
Au-delà de la musique, beaucoup de groupes donnent vie à leur univers à travers les costumes, la scénographie ou la mise en scène, créant une expérience presque rituelle. C’est une façon d’explorer l’obscurité tout en révélant la beauté qui peut s’y cacher, c’est ça le metal.
J’apprécie aussi beaucoup les photographies d’Ester Segarra. Elles dégagent une grande intensité et capturent parfaitement cette dimension théâtrale et immersive, où l’image participe autant que la musique à raconter une histoire.
EVA : Je regarde beaucoup d’animation en ce moment, et j’avoue ne pas arriver à me détacher de la stupéfaction du film Belladonna of Sadness. Les influences art nouveau évidentes, ainsi que les emprunts à l’illustration de Aubrey Beardsley et Harry Clarke m'inspirent beaucoup. C'est très chargé, c'est baroque, onirique, et très sombre.
J’ai aussi découvert le travail de Daniele Castellano, qui me fait penser à Jérôme Bosch encore plus dérangeant, plus moderne, coloré et acide. Dans cette même mouvance d’illustrateurs, et au long de ma carrière de tatoueuse, j’ai beaucoup croisé les travaux de Lou Benesch, qui me font rêver au quotidien par leur poésie et le surréalisme des sujets.
NOIRE: Quels sont vos futurs projets ?
EDITH : On est encore à fond dans la tournée, toutes ces dates nous donnent de nouvelles envies, on a hâte de voir ce qui sort après tous ces mois sans jammer ensemble. Pour l’instant on est très concentrées sur le live, avec de belles dates cet été, Rock en Seine notamment mais on va se remettre à écrire tranquillement quand on aura retrouvé un peu de calme.
Merci à Myriam, Edith et Eva pour cette interview, à l'Agglomération de Rochefort pour l'idée et à Angie de NRV Promotion pour la mise en relation !





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