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GORGON - Rencontre avec des pionniers du Black Metal Français

  • Photo du rédacteur: Noire Lemag
    Noire Lemag
  • 22 juin
  • 8 min de lecture



NOIRE: Bonjour Gorgon, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?


CHRIS: Bonjour à toi et merci de nous accueillir et nous soutenir par la même occasion. Nous sommes le groupe Gorgon basé dans le Sud de la France. On s'est formé en 1991 avec un autre line-up que celui actuel, et à ce jour on a publié 7 albums, 2 EP et un Split CD.


On apparait aussi sur une trentaine de compilations tant cassettes que CD et on a joué dans différents pays tel la Finlande, l’Espagne, le Canada, la Suéde, la Roumanie, l’Allemagne ou encore le Portugal.


NOIRE: Vous êtes un des groupes pionniers du black metal français. Comment avez-vous vu évoluer le BM depuis les années 90 ?


CHRIS: À l'origine le Black Metal était davantage un seul style de musique avec différentes facettes où se mêlait naturellement vitesse d’exécution, mélodie, brutalité, dissonance et autres, alors qu’au fil du temps différentes chapelles se sont créées avec une profusion d’appellations diverses: Black Metal symphonique, Brutal Black Metal, Depressive Suicidal Black Metal, Occult Black Metal…. Cet aspect actuel et ridicule de sous-genres est une des conséquences de cette évolution et d’ouverture à la masse. Auparavant personne ne cloisonnait Beherit ou Blasphemy dans telle catégorie et Necromantia ou Rotting Christ dans telle autre. Ces formations avaient leurs particularités, et tous ne faisaient qu’un seul style : le Black Metal, sans besoin d’ajouter d’autres dénominations.


Le Black Metal était également automatiquement basé sur des textes et imagerie satanique, occulte, là où aujourd’hui c’est le grand foutoir, chacun parlant de tout et n‘importe quoi en se rattachant abusivement à ce style de musique. La politisation du style par certains est également lié à ce phénomène. Il y a vraiment eu une sortie de l’Underground en France avec le succés de Cradle Of Filth et Dimmu Borgir, voir Immortal dans une moindre mesure. Quand les médias généralistes et la presse metal se sont intérréssés au style, tout un nouveau public a découvert un genre qu’il rejetait avant ou alors n’avait pas conscience de son existence. Je me souviens d’une chronique du 4e album de Bathory par le magazine Hard Force disant qu’il y avait du mieux en comparaison de la discographie précédente et que le prochain serait peut-être écoutable.


Internet enfin, fut la porte d’accès à toute une génération de « followers » qui s’est approprié le style et en glorifie principalement les groupes majeurs, sans désir de connaitre les acteurs qui évoluent dans l’Underground (zines, radios, groupes, labels…) et en perpétuent le genre de la même façon avec passion. Cet aspect est propre à beaucoup de styles de metal bien sur, c’est certain. La « grande famille metal » qui dit aimer et soutenir le Heavy Metal ou le Thrash Metal par exemple n’en aime en fait que certains groupes et cela lui suffit. Compare l’affluence d’un concert de Iron Maiden ou de Slayer à ceux d’autres formations française du même style. Des milliers de personnes d’un côté, une centaine de l’autre.


Cette « famille » ne soutient que les groupes connus qu’on lui soumet, les fans en répondant présent soutiennent un style. Je dis ca sans dénigrer ces groupes majeurs qui ont souvent le succès qu’ils méritent et il n’y a aucune jalousie là-dedans également, c’est juste une constatation dont souffrent souvent les petits festivals. Internet cité il y a peu, n’est pas le fautif, c’est un bon outil de promotion et de communication entre groupes, zines, organisateurs, mais il faut être réaliste, ca a tué l’aspect magique et « secret » qu’avait le Black Metal dans les années 90. Pour finir je mentionnerais également le niveau de compétence des musiciens du style qui, comparait à 3 décades précédentes, est vraiment au dessus. Ce n’est pas pour autant qu’il y a de meilleurs morceaux de composer, loin de là.




NOIRE : A l'origine, qu'est-ce qui vous a donné envie de former Gorgon ?


CHRIS:  Venom, Celtic Frost, Bulldozer, Sarcofago et d’autres, étaient les formations que j’écoutais majoritairement à la fin des années 80, aussi j'ai eut envie de jouer ce style de musique. Ca m'a donc donné le désir de créer une entité que j’ai appelé Gorgon.


En trouvant une batteuse, ex-Witches, qui avait un local en plus, on a débuté les répétitions des morceaux que je composais au fur et à mesure. Le Death Metal et le Thrash dominaient en France la musique extrême à cette période, mais ce n'était le style de musique que je voulais jouer. Ce n’était pas du tout à la mode, mais je le faisais par passion, sans calcul. Du coup, nos premiers concerts avec les Italiens de Sadist ou nos compatriotes de No Return, nous voyaient être les seuls à pratiquer ce style sur l’affiche. Mais être « à part », différent, ne nous a jamais dérangés.



NOIRE : Vous fêtez cette année votre 35ème anniversaire. Pensez-vous avoir vous-même évolué musicalement depuis vos débuts ? Qu'est-ce que vous appréciez le plus dans la musique black metal ?


CHRIS:  Effectivement, cette année ce sera le 35e anniversaire de notre création, mais il n’y a rien de prévu pour fêter ca, on y pense pas. Il ne faut pas oublier qu’on a connu une très grande pause, ce n’est pas 35 années en continu. Je pense que depuis nos débuts on a évolué musicalement, c’est indéniable et même satisfaisant. Stagné n’est jamais très glorifiant, même si on ne renie aucunement notre passé.


Je pourrais citer un plus gros travail sur les mélodies des guitares avec une approche générale encore plus « in your face ». La brutalité musicale a monté d’un cran, voire plusieurs, et on est également plus carré d’un point de vue rythmique. C’est du en partie grâce au niveau technique de notre batteur Hellesylt qui nous permet d’aller dans des directions nouvelles et d’explorer de nouvelles voies. C’est également vital pour nous de proposer des choses dont on est fier et qui agrandissent notre spectre sonore.


La richesse musicale du style alliée au côté sombre est ce que je préfère dans le Black Metal car c’est un univers à prendre dans sa globalité. L’aspect technique est plus que secondaire pour moi, seul le ressenti général compte.





NOIRE : Le black metal revient sur le devant de la scène depuis quelques années, porté par un engouement sur les réseaux sociaux et les programmations multiples de groupes BM en festival. Est-ce que la scène actuelle vous plaît ? Est-ce qu'il y a des groupes émergents BM que vous appréciez ?


CHRIS: Pour ma part, je ne trouve pas que le Black Metal soit plus présent qu’avant. Il y a par contre plus de formations ou de sorties, ce qui peut donner un aspect plus visible du style. Comme il y a également plus de festivals qui se créent chaque année, cette impression de plus grande exposition est peut-être liée à ca. Néanmoins excepté les rares festivals dédiés au style, principalement à l’étranger, la programmation en France de groupes calibrés BM est vraiment dilués dans les affiches. L'engouement du public reste et restera toujours pour les têtes de file du style, aussi c’est avec parcimonie que les groupes sont conviés sur des rassemblements de masse. Il en est de même pour les concerts ponctuels, de nombreuses assos acceptant le Death Metal, mais pas le Black dans leur programmation, choix que je respecte.


Comparé aux années précédentes je n’ai que très peu de temps pour écouter ce qui sort actuellement. Je consacre tellement de temps à Gorgon, que je n’en ai quasiment plus pour aller jeter une oreille sur ce qui sort ici et là, aussi excepté certains comme Funerarium, que je suis depuis plusieurs années par exemple, je ne suis pas la bonne personne pour citer des nouveautés. A une époque où je pourrais écouter et découvrir tellement de groupes, et ce gratuitement par le net, chose que j’aurais adoré dans les années 90, je n’en profite même pas. J’écoute par contre les groupes que me conseillent les personnes qui viennent me voir en concert. Il y a toujours des membres de groupes ou de fans qui me disent d’aller écouter telle ou telle formation, et généralement je le fais toujours ensuite, qu’ils le sachent.


"In Deepest Penumbra" album cover (Sorti le 8 mai 2025)
"In Deepest Penumbra" album cover (Sorti le 8 mai 2025)

NOIRE : Votre musique se caractérise par un tempo rapide, avec un côté punk, agressif. Comment travaillez-vous vos compositions ?


CHRIS: Notre musique est travaillée principalement en solitaire au début, à savoir que c'est moi qui compose toute la musique en amont. Je joue et assemble les parties qui me semblent convenir au groupe en ayant à l’esprit de ne pas reproduire ce qu’on a déjà proposé dans le passé. Il y a une vraie liberté créatrice et je ne cherche aucunement à refaire ce qui est à la mode. Une fois que la musique d’un morceau est finalisée ainsi qu'une partie des textes, on répète le tout avec le batteur pour en faire une version définitive. On met ça en place en essayant diverses tempi pour en déterminer le bon et on passe au morceau suivant.


En arrivant en studio, il n’y a généralement aucune improvisation de la structure. Quand on y rentre, on est prêt. Beaucoup de nos titres sont conçus pour le live, et l’ingrédient punk qu’on peut y déceler parfois vient du fait qu’on apprécie ce côté énergique, propre à ce style. Mais ce n’est ni obligatoire, ni calculé, il faut que cela serve le morceau en question.



NOIRE: J'ai eu la chance de vous voir sur scène au Berry Metal Fest en avril dernier. Vous avez quelques dates de prévues, comme la Nuit des Peûhtes à Chaumont le 15 août. Avec le recul depuis toutes ces années, dans quel état d'esprit montez-vous sur scène désormais ?


CHRIS: Oui, on sera le 15 août à Chaumont avec entre autre Old Black et Gorgoyl avec qui on a déjà joué au Luxembourg il y a quelques années. C’est une affiche bien Underground qui nous va à ravir. On a d’autres dates de programmées cette année comme Metz la veille le 14 aout, l’Italie pour la 3e fois en 2026, le Muscadeath en septembre, la Pologne en octobre, la Hongrie et la Suisse en novembre et encore l’Allemagne l'année prochaine.


Quand on monte sur scène, on est sereins en principe parce que l’on sait que l’on donné le meilleur en répétition pour le recracher au public. Néanmoins, bien que l’on maîtrise nos morceaux, il peut y avoir des problèmes techniques qui gâchent la représentation telle qu’on la concevait.


C’est le propre du live, aussi il faut passer outre et donner au public ce qu’il est venu chercher ou découvrir, car de nombreuses personnes nous découvre par ce biais. En général, on est récompensé par le travail dépensé au local de répétition, et cette accumulation de dates nous entraine et aiguise pour les dates suivantes.


"La nuit des Peûthes", le 15 août 2026
"La nuit des Peûthes", le 15 août 2026

NOIRE: Quels sont vos futurs projets ? Un nouvel album en vue, peut-être ?


CHRIS: On travaille actuellement sur notre 8e album, qui sera selon moi enregistré au début de l'année prochaine ou alors vraiment fin 2026. Il n'y a pas encore de titre actuellement pour le nommer, mais une bonne partie de la musique est déjà posée et honore la discographie du groupe.


En parallèle, on travaille également sur les différents concerts évoqués à l’instant. C’est un travail de longue haleine que cette composition, car de nombreuses personnes comptent sur nous pour leur offrir encore un album qui tournera encore en rotation sur leurs platines. On a confiance en notre potentiel, mais comme on désire toujours « plus », à nous d’atteindre ce stade, voir le dépassé pour ne pas décevoir leur attente.



Merci à Chris de Gorgon, Maxime d'Öld Black et au label Osmose Productions !



 
 
 

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